180°C #5

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Liberté d'expression

L'édito de 180°C #5

La liberté d’expression, malmenée ces derniers mois, peut-elle être d’ordre culinaire ? Papier, crayon, vous avez 4 heures. Et dire qu’au lieu de plancher sur ce sujet, vous pourriez pendant ce même laps de temps cuire un gigot d’agneau avec os, à condition d’opter pour une cuisson basse température. Ceci étant, vous admettrez que vous n’allez pas passer 4 heures à regarder votre gigot à travers la porte du four. Alors autant ouvrir le débat, à défaut d’une bonne bouteille, avec votre famille, vos amis, votre boucher, votre épépineuse de groseilles ou votre voisin permaculteur. Et puis, à bien y réfléchir, vous pouvez aussi faire les deux, ouvrir le débat et une bouteille. La liberté d’expression peut-elle donc être d’ordre culinaire ? La réponse est oui. Chacun est libre de faire ce qu’il veut en cuisine et dans sa cuisine, même de regarder un gigot pendant 4 heures.

La liberté d’expression culinaire, c’est laisser votre belle-mère préparer une quiche avec du Kiri®, ne rien dire quand votre beau-père ouvre un bordeaux supérieur pour accompagner un camembert, ne pas bouger une oreille quand votre belle-sœur étale un foie gras maison sur des toasts industriels ou ne pas sourciller quand votre fille mange des conserves de petits pois/carottes avec du ketchup. La liberté d’expression culinaire, c’est admettre qu’il y a encore des traiteurs qui trouvent élégant de servir une terrine de poisson avec de la macédoine de légumes et une mayonnaise blanche, le tout dans une coquille de Saint-Jacques. C’est pardonner un bistrotier qui jure que le gratin Dauphinois ne se prépare qu’avec du gruyère râpé, et que c’est comme ça qu’il est meilleur et puis c’est tout.

À 180 °C, notre liberté d’expression culinaire, c’est préférer passer du temps avec un chef méconnu plutôt qu’avec un toqué, entouré d’une kyrielle d’attaché(e) s de presse et de conseillers en communication, qui daignera nous parler quand bon lui semble. C’est prendre notre bâton de pèlerin et répéter inlassablement que les produits ont une saison à travers les rubriques Home Made, Le Marché et Divin Quotidien. C’est reconnaître qu’il existe encore de nombreuses fautes de goût, et à notre petit niveau, faire en sorte qu’elles ne se reproduisent plus. C’est souligner que les vins de Vendée n’ont rien à envier à des bouteilles bodybuildées d’une région voisine et c’est défendre un mode de culture qui fera que demain, peut-être, notre planète terre se portera mieux. Notre liberté d’expression culinaire c’est aussi, quand c’est nécessaire, de vilipender, de critiquer, d’attaquer, de censurer, de contredire ou d’étriller, tout simplement parce que nous sommes libres et fiers de nos convictions.

Philippe Toinard, rédacteur chef de 180°C.

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