180°C #6

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Cuisine indépendante

L'édito de 180°C #6

Alors comme ça, on ne peut pas porter un jugement négatif sur un produit agro-alimentaire, en l’occurrence une pâte à tartiner mondialement connue, sans devoir présenter ses excuses via Twitter quelques heures plus tard ? C’est ce qu’a fait Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, du Développement Durable et de l’Énergie en juin dernier.
Mais dans quel monde vit-on ? Qui est intervenu auprès d’elle, de ses conseillers, de ses supérieurs au gouvernement pour l’obliger à se fendre d’un tweet « Mille excuses pour la polémique #Nutella® » ?

Mais le plus pathétique dans cette polémique, c’est de voir un ingénieur agronome souligner dans une tribune qu’il faut moins de pesticides pour produire une tonne d’huile de palme que pour une tonne d’huile de soja (ce qui sous-entend qu’il en faut quand même des pesticides, monsieur l’ingénieur). Autre tristesse absolue, voir certains de nos confrères voler au secours de la marque en rappelant que depuis deux ans, elle a fait beaucoup d’efforts et que l’huile de palme utilisée bénéficie de la certification RSPO (Roundtable for a sustainable palm oil – table ronde pour une huile de palme durable) et blablabli et blablabla… Vive les informations du service de presse et les visites d’usine. Au lieu de rappeler les bonnes actions menées depuis deux ans, il serait peut-être bon d’enquêter sur ce qui s’est passé depuis bientôt cinquante ans. Alors, certes, la reculade de la ministre est d’une désolation infinie, l’emballement médiatique qui a suivi aussi, mais le plus inquiétant est d’imaginer que l’on ne peut plus donner un avis sur ces produits peu ragoûtants qui envahissent encore et toujours les rayons de nos supermarchés. Les grands manitous de la malbouffe ne semblent pas supporter que l’on puisse leur rappeler qu’ils fabriquent de la daube en barre, comme ces nuggets de marque de distributeur dont l’étiquette indique « préparation de viande de poulet traitée en salaison reconstituée ». Ça donne envie non ? Et ne comptez pas sur nous pour présenter nos excuses.

Comme dans chaque numéro, pas de page « nouveaux produits » tous issus du monde industriel, pas de pâte à tartiner ni de nuggets mais attention, de la viande sans viande et de la mayo sans œuf seraient en approche. C’est ce que nous apprend notre correspondante qui traque les tendances de demain aux États‑Unis. Du coup dans le « Home Made », on lui réplique en lançant un fromage de tête sans fromage. Dans le « Divin Quotidien », on lui balance qu’ici on apprend à travailler les épluchures et à cuire les fanes. Et dans « Super Production », on lui rappelle que le Kintoa est un cochon indépendant qui se nourrit tout seul parce que oui, il se promène dans les montagnes. Amazing non ? Un cochon qui ose se balader dans la nature, alors que pour nos chers industriels qu’il ne faut surtout pas critiquer, le cochon n’est bon qu’à vivre sous des néons. Nous avons décrété que non, et pour l’occasion, on a englouti un saucisson artisanal.

Philippe Toinard, rédacteur chef de 180°C.

180°C numéro 6 disponible en librairie ou directement sur notre boutique en ligne.