Monsieur le Président,
serions-nous devenus cons ?

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© 180°C - Illustration Fabrice Bloch

Quelques mots avant que vous ne demandiez à votre ministre de l’agriculture, Jacques Mézard, de lancer les États généraux de l’alimentation. Je reviens d’un séjour dans le Béarn où j’ai rencontré des paysans heureux qui gagnent honorablement leur vie, proposent une nourriture de qualité et respectent l’environnement. Des femmes et des hommes qui ne comptent pas leurs heures. Qui font vivre leur territoire. Qui s’activent pour créer des emplois locaux. Des femmes et des hommes qui non seulement nous nourrissent mais animent le tissu social de leurs terroirs : sans eux, pas d’artisanat, pas d’école, pas de poste, en un mot : pas de vie.

Des éleveurs fiers et pugnaces, que les multiples avatars de la grippe aviaire ne sont pas parvenus à abattre. Pourtant, on ne leur a rien épargné. Rien. Le précédent ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, a reconnu lui-même que sans élevage industriel, cette épidémie n’aurait jamais fait autant de ravages. Concentration des bêtes, transports incessants d’animaux, sélection tournée vers le seul rendement sont autant d’explications de la gravité de cet épisode. Mais, ce sont les petits élevages qu’on a le plus martyrisés. Ces petits élevages qui, demain, comme l’explique très bien le chercheur Serge Morand, pourraient être la solution sanitaire à nos problèmes. Car, c’est dans la biodiversité, dans le multiple que l’on trouve la possibilité d’un renouveau. Encore faut-il ne pas l’avoir éradiqué « préventivement ».

Le choix de l’absurde
Alors pourquoi s’acharne-t-on avec autant d’ardeur contre ce qui marche si bien ? Pourquoi faisons-nous toujours le choix de l’absurde ? Serions-nous d’épouvantables Shadoks, ces volatiles idiots tout juste bons à pomper sans relâche ? Serions-nous réduits à faire nôtre leur adage : plus ça rate, plus on a de chance que ça marche ? En un mot, serions-nous cons ? Je ne crois pas. Ce serait presque trop beau. Nous ne sommes pas cons mais nous faisons systématiquement le choix du pire car nous avons décidé de laisser les clefs de notre nourriture aux industriels. Nous nous acharnons à contraindre des petits paysans vertueux à suivre des normes sanitaires qui n’ont aucun sens, si ce n’est de les faire mourir, qui ne protègent pas le consommateur, et, dans le même temps nous continuons à dérouler le tapis rouge aux industriels de la chimie. Quel sentiment étrange de revenir du Béarn, de laisser derrière soi ces sentinelles de nos territoires, qui se battent seules contre tous, et de découvrir, jour après jour, de nouveaux scandales liés aux pesticides. Intimidation de chercheurs indépendants dont le seul crime est de vouloir nous protéger contre les ravages de ces produits chimiques. Hommes et femmes menacés, traînés dans la boue, pour avoir osé s’élever contre les intérêts de ces multinationales.

Soprano au pays des phyto
A lire les formidables enquêtes des journalistes du Monde, Stéphane Horel et Stéphane Foucart, nous avons basculé dans l’univers des Soprano. Les Soprano au pays des phyto. Leurs méthodes font froid dans le dos. Et que dire de nos gouvernements successifs qui offrent une façade de probité, interdisant sur notre sol des herbicides dont on connaît désormais la dangerosité, mais les refourguant dans le même temps – et en toute discrétion – aux quatre coins du monde ? Je repense à ces Béarnais, comme j’aurais pu penser aux Corses, aux Basques, aux Bretons et à tous ces paysans que je côtoie depuis quinze ans maintenant, et je me dis qu’il est vraiment temps qu’on les soutienne eux. Eux, qui nous font du bien. Plutôt que de continuer à faire uniquement le jeu de ces multinationales… dont l’intérêt pour notre santé est… comment dire sans être trop grossière : modeste !

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