À la recherche des femmes chefs

« Le problème vient aussi des femmes. Il faut que les femmes changent de comportement. Elles ne savent pas déléguer et ne savent pas conquérir le pouvoir sur le champ professionnel. » C’est avec son compagnon Franck Ribière que Vérane Frediani, ancienne « miss cinéma » pour Canal+, se lance dans l’aventure de la production et de la réalisation. Plutôt viandards que végans, ils accompagnent le renouveau du cinéma fantastique en France dans les années 2000 et réalisent Steack (R)évolution en 2014 – un documentaire en passe de devenir culte où l’on suit le boucher-star Yves-Marie Le Bourdonnec à la recherche du meilleur steak au monde.

La misogynie ordinaire
C’est donc tout naturellement que la réalisatrice se glisse dans l’univers de la cuisine qu’elle constate très masculin : « C’était inévitable. Je me considérais comme féministe sans changer les choses. L’envie de faire quelque chose pour les femmes s’est greffée à la gastronomie, un milieu typique, qui concentre plusieurs problèmes de misogynie ordinaire. » Lorsqu’elle s’adresse à vous, Vérane s’interroge : « Vous n’avez pas été choqué par le film ? Ce n’est pas une attaque à l’endroit des hommes, c’est une enquête. ». En effet, le sujet apparaît pertinent : éduqués aux saveurs par nos mères, garante d’une cuisine familiale, celles-ci disparaissent dans les médias ou dans la sphère professionnelle, bien souvent reléguées à être « femmes de » : « Les femmes minimisent ce qu’elles font. C’est un conditionnement. On est confronté sans cesse à un ralentissement que l’on s’inflige.»

La femme ou le hipster ?
Au delà des quelques séances savoureuses de phallocentrisme inconscient que propose le documentaire (et dont nous sommes tous victimes), la grand réussite de ce projet est de révéler les questions de pouvoir et de conquête qui entourent le métier de Chef : que ce soit par la conquête féminine ou celle des territoires (l’ouverture de nouveaux restaurants, la présence médiatique), il y a une dimension martiale à cet univers, de l’organisation des brigades jusqu’à la mise en avant du corps (le tatouage, la barbe) où le hipster se révèle guerrier urbain.
Découverte Freudienne ou schéma ancestral, selon la réalisatrice, l’intériorité est féminine : « Les femmes ont quelque chose à se prouver à elles mêmes, c’est très intérieur. Elles n’osent pas. En cela je pense qu’elles ont besoin d’exemples, à n’importe quel âge. Si je souhaite que le film serve à quelque chose c’est à ce que les femmes se disent : c’était quoi mes rêves ? Je vais les réaliser. J’ai voulu trouver des femmes qui croient en elles. »


Projections à venir :

– 28 juin : Lyon – Cinéma Le Comoedia – Présenté par Vérane Frédiani, Jacotte Brazier et la Mère Richard
– 29 juin : Cannes – Cinéma Les Arcades – Présenté par Vérane Frédiani
– 30 juin : Aix en Provence – Cinéma Le Mazarin – Présenté par Vérane Frédiani
– 2 juillet : dans le cadre du festival « Lot of saveurs » à Cahors – Présenté par Vérane Frédiani
– 3 juillet : Cinéma Utopia à St Ouen l’Aumône (sans l’équipe)

 Et en sortie nationale aux 400 coups d’Angers, Métropole de Lille, Variétés de Marseille, Sirius du Havre, Concorde de Lyon, Club de Grenoble.

Voir la bande-annonce officielle

Plus d'articles de Nicolas Reyboubet

Digression avec Gérard Oberlé

C’est en découvrant Un Sacré Gueuleton de Jim Harrison, recueil posthume de...
Read More