Cuisine, marxisme et autres fantaisies

Vous le connaissez pour ses textes et recettes empreints d’un humour irrévérencieux dont il imprime généreusement les pages des revues 180°C, 12°5 et autres Traités de Miamologie. Chef cuisinier, ingénieur agronome, violoncelliste, auteur… Notre Stephan Lagorce serait-il frappé d’un syndrome de personnalités multiples ? Moins grave : peut-être juste un hyperactif touche-à-tout ou encore un un insatiable curieux adepte du grand-écart ? Il y a sans doute un peu des trois, en justes proportions. Le tout mâtiné d’un génie qu’on lui envie tant le monsieur maîtrise chacune de ses partitions à la perfection.

Avec Cuisine marxisme et autres fantaisies, son « récit culinaire » comme l’indique la couverture, Stephan Lagorce nous livre un récit jubilatoire pour lequel il a fouillé avidement sa mémoire et celle d’une Chine longtemps endormie, encore un peu hagarde à l’aube d’une ère qui doit l’inscrire comme leader économique sur la scène mondiale.

Nous sommes en 1984. Un an plus tôt le Maxim’s de Pékin ouvre ses portes, tel un petit mélanome capitaliste éruptant avec grâce et candeur sur la peau rugueuse d’un empire du milieu perdu entre ses rêveries marxistes et la promesse d’une modernité que le restaurant incarne.
Mandaté par le saint-patron Pierre Cardin, « Lagorce », chef talentueux qui n’a alors que 23 ans est parachuté – le lecteur avec lui – dans les cuisines du célèbre restaurant dont la brigade se compose d’un équipage sinophone haut en couleurs.
D’un trait de plume enlevé, avec une justesse qui semble ne jamais trahir l’émerveillement parfois naïf du jeune chef, Stephan nous embarque dans ses pérégrinations, battant la mesure au rythme d’anecdotes désopilantes et parfois surréalistes. Au menu : l’énigme des boules de suif de Big Bouddha, la rage des tortues cannibales, une campagne anti-mouches… et autres fantaisies jalonnées de recettes que le chef a bien voulu partager avec son lecteur.
Maniant brillamment le contrepoint, notre Lagorce version actuelle n’est jamais très loin et pondère ce récit d’une lecture plus analytique des évènements, de cette mue politique et sociale chinoise dont il fut, jusqu’en 1987, le spectateur privilégié.
Original, drôle, inédit et parfois décalé, Cuisine, marxisme et autres fantaisies est à dévorer d’une traite, sans aucune modération !


Cuisine, marxisme et autres fantaisies – Stephan Lagorce
Éditions de L’Épure
Seulement 16 €

Pour 154 pages à dévorer sans aucune modération !

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