Un homme sans plaisir

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© Affiche du film "La quête d'Alain Ducasse" - 2017

Scoop : un chef étoilé voyage, hume des assiettes et visite des restaurants. En effet, vous n’apprendrez rien sur Alain Ducasse, et La quête d’Alain Ducasse ne sera pas le Citizen Kane de la gastronomie.

Du producteur de cacao brésilien, pour sa manufacture de chocolat, à l’ouverture de son nouvel établissement, au cœur du château de Versailles, intitulé Ore, le réalisateur Gilles de Maistre a suivi pendant 18 mois Alain Ducasse, l’homme aux 18 étoiles Michelin.

Les transports, ça compte
Jet privé, hélicoptère, réunions présidentielles, selfies et baisemains : nous avançons au rythme du commandant en chef, sans aller nulle part. Tout ce qui est vécu horizontalement (Paris, Tokyo, Rio, Oulan Bator …) n’est pas vécu verticalement. Le soufflet retombe par manque de peps, d’épaisseur, de gourmandise. La caméra ne fait que suivre un homme d’affaire rendant visite à ses industries, et ne s’intéresse que peu à la consistance du personnage, à ce qui en fait son mystère.

Nouvelle saveur ?
Le cuisinier superstar, suscitant malgré tout la sympathie, ne nous dit jamais rien de lui-même, du secret qu’il renferme. Mi-parcours, il lâche sans emphase : « Ma quête est de découvrir toujours une saveur nouvelle» ; alors quoi ? Fin de l’enjeu dramatique ? Seule l’évocation, succincte, de l’accident d’avion dont il fut victime à 28 ans, en 1984, semble un instant de cinéma et de vérité. Mais, comme un turbot servi trop froid, est renvoyé tout de suite en cuisine.

Rester sur sa faim
Que saurons-nous de ce monde intérieur qui pousse un homme autour de la planète à longueur d’années, loin des siens, et en dresser l’obsessionnelle conquête ? Des aspirations célestes qui trouvent leurs concrétisations dans des produits terriens ? Que saurons-nous de son parcours, de sa relation à Alain Chapel, et du milieu social dont il aura peut-être voulu s’extraire ? Contrairement aux Quatre saisons pour un festin de Jean-Paul Jaud (2000), film-trésor sur Guy Savoy (qui a su asseoir le maître à la table de la convivialité) le projet est ici de surface, comme ces miroirs, ors et baies-vitrées qui habillent les restaurants de son empire.

Aucune « aspérité » – maître mot rabâché de la philosophie du Chef – ne vient perturber ce récit polissé, victime d’un montage au hachoir, qui évoque plus une campagne publicitaire qu’une véritable pensée cinématographique. Pourquoi ne pas avoir laissé entrer un peu de temporalité et de silence, afin de confronter le géant à son talon d’argile ? En salle le 11 octobre.

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