Agrumes exilés en Suisse

Imaginer que des agrumes poussent allègrement en Suisse, c’est comme penser que des cacaoyers pourraient s’acclimater en Finlande. Et pourtant, Niels Rodin, installé à Borex dans le canton de Vaud, est bel et bien agrumiculteur et ses recherches intéressent les chefs de cuisine des deux côtés de la frontière.

Arrière arrière petit-neveu du célèbre Auguste, Niels Rodin aurait pu poursuivre sa vie de fiscaliste en Suisse et continuer à recevoir ses amis pour leur servir des limoncello maison. C’était sans compter sur sa passion. Si certains sont fascinés par les soldats de plomb ou les muselets de champagne, Niels est attiré depuis des lustres par les agrumes qui « traversent les siècles et les civilisations ».

Autodidacte mais pas dilettante.
Plongé dans les livres et sur Internet depuis dix ans, cet autodidacte va tout apprendre sur le monde des agrumes pour au final construire une serre il y a environ six ans et abandonner petit à petit sa carrière de fiscaliste.

À l’intérieur, environ 150 variétés cultivées en bio et selon les préceptes de la permaculture.

Cinq années de négociation auront été nécessaires pour obtenir le statut « d’introducteur d’agrumes ». Au milieu de la bourrache, des orties, des capucines, des aubergines, du fenouil vivace et de la mélisse et pour la plus grande joie des abeilles et des bourdons, poussent des agrumes du monde entier.

Tout est bon dans le citron.
Certains comestibles, d’autres non. Certains appréciés pour leur jus, d’autres pour leurs feuilles à travailler en infusion, d’autres encore intéressants uniquement pour leurs zestes. À date, il ne cultive pas à grande échelle, il se contente de laisser pousser, d’étudier chaque variété et de fournir en petites quantités des chefs ou de produire avec ses agrumes une moutarde à l’ancienne au combawa, un vinaigre de coings à la pulpe de yuzu, une huile d’olive à la main de bouddha ou une marmelade de yuzu et vanille de Madagascar. Sans oublier une large gamme de bougies parfumées.

Croisements tous azimuts.
Parallèlement, il étudie des projets d’expansion pour offrir plus de place à ses protégés dont le faustrime, hybride de citron caviar, le clemyuz (hybride de la clémentine et du yuzu qui résiste au grand froid), la mandarine jaune du Japon, le bizzarria, le yuzu du diable, la lime du désert qui résiste à des températures qui dépassent 40°C, le pamplemousse de Thaïlande, le citrange (non comestible), le limequate, le kabosu ou le citrus virgata (croisement entre une lime australienne et un citron caviar). En attendant cette expansion, un autre chantier l’attend du côté d’Annecy-le-Vieux, chez le chef Laurent Petit (au menu de 180°C #9) qui lui a demandé, en bon locavore, de construire une serre, d’y faire pousser une douzaine d’agrumes et de former le jardinier du restaurant.


Contact

Niels Rodin
36, route de Tranchepied
1277 Borex (Suisse)
nielsrodin.com

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