Aidons les vignerons !

Ce printemps 2017 est un nouveau coup dur pour les vignerons, déjà fragilisés par une année 2016 hors norme : gel, fin de printemps pluvieux, grêle, sécheresse… Aidez les vignerons : allez les voir, dégustez leurs belles productions, faites-les connaître ! Un domaine, c’est beaucoup d’engagement sur la qualité, c’est une histoire avec des femmes et des hommes engagés mais c’est aussi une entreprise qui doit pouvoir se financer, investir, payer des salaires… Avec des rendements en forte baisse, la période s’annonce délicate. Aidons-les !

Suite à la vague de gel qui a frappé partout en France fin avril, nous avons pris des nouvelles de ces vignerons que nous vous faisions découvrir dans les pages de 180°C et 12°5.
Voici leurs témoignages :

Noëlla Morantin en Touraine, La Tesnière, 41110 Pouillé / Tel : 06 63 26 83 17
« 2017 sera une année noire pour moi, nous avons cramé à 80/85 % ! J’ai même perdu une parcelle que je savais gélive à la toute fin de la période de froid ! Je l’avais protégée plusieurs nuits d’affilée avec des bougies en allant les allumer à 4 heures du matin, mais ça n’a pas suffi, c’est une vraie peine. Du coup, l’achat de raisin s’impose. Mon choix est clair : du raisin bio hors de mon appellation plutôt que de la chimie dedans. Mais comme je vends ma production en VDF (Vin De France), je vais pouvoir continuer à valoriser mon travail. La solidarité joue aussi beaucoup, on m’a proposé 1 ha de raisin en bio pas loin de chez moi. Vous savez le gel, c’est la double peine : perte sèche… et autant de travail dans la vigne qu’il faut quand même travailler et ébourgeonner ! Et ce travail, il faut le financer… C’est toute l’économie de nos petits domaines qui est remise en question »

Lise et Bertrand Jousset en Loire, Domaine Lise & Bertrand Jousset / Tel : 02 47 50 70 33
« Après des années de pertes à 50, 90, 80%, nous serons à 50 % pour le millésime 2017, les anciens n’ont jamais vu ça, on a envie de tordre le cou aux climato-septiques ! Ce n’est plus possible de travailler comme avant, pour continuer, nous avons dû nous adapter : nous nous assurons, puis en collaboration avec le syndicat on travaille sur des parades au gel. Les feux de paille, bien sûr mais aussi l’hélicoptère (utilisé en Oregon depuis longtemps), les pales de l’appareil plaquent au sol des couches d’air légèrement plus chaud. Mais le problème est global : dérèglement climatique accentué par l’urbanisation, la déforestation, qui ont bouleversé les milieux comme les équilibres… » Venez soutenir Lise et Bertrand Jousset dans leur nouveau bar à vins (ouverture tout début juin), pour découvrir leurs magnifiques productions et celles de leurs amis. À ne pas manquer !

Nicolas et Carine Gaignon en Minervois, Vignoble du Loup Blanc / Tel : 04 67 38 18 82
« En Languedoc-Roussillon, on connait la grêle depuis toujours mais des gelées comme ça, ça remonte à 1966… Certaines parcelles en vallées ont été touchées à presque 100 %, heureusement, les vignes plus en hauteur ont été épargnées, en partie du moins. Pour 2017, ce sera 60 %, en moyenne pour nous. Si en Loire le phénomène (hiver doux, débourrement précoce puis gel) parait hélas bien installé, chez nous on ne sait pas bien à quoi s’en tenir. Sans doute allons-nous installer des bougies dans les parcelles que nous savons gélives, désormais. Mais cet épisode va bien plus loin car il remet en question les modèles économiques sur lesquels nos petites exploitations sont basées. Les domaines anciennement établis ayant du stock et un millésime à la banque, peuvent voir venir alors que les jeunes sont de suite sur la corde raide. Certains, d’ailleurs, commencent à songer à un retour vers de la polyculture ou une poly activité pour assurer plus de stabilité, la viticulture devenant un vrai sport de combat. Pour ceux qui sont en grande difficulté, on peut espérer une année « blanche » au niveau bancaire, nous verrons. Quant aux assurances, nous n’espérons pas plus de 100/120 euros l’hecto, c’est tout dire… Une chose sauvera peut-être cette année, pour nous dans le Sud, du moins : la solidarité, car tout n’a pas gelé autours de nous et nous auront ainsi la possibilité d’acheter du raisin pas loin pour faire des vins valorisés en igp, vins de pays ou vdf. Notre association  Changer l’Aude en vin  a aussi lancé un appel au don : https://fr.ulule.com/changer-laude-en-dons/ »

Jo Landron, Sèvre et Maine, Domaine de La Louvetrie / Tel : 02 40 54 83 27
« Après un printemps 2017 difficile, celui de 2017 va aussi rester dans les mémoires. 35 % de notre vignoble est touché, nous sommes épargnés par rapport à d’autres, car nous sommes un peu en hauteur. Mais en Sèvre-et-Maine, 90 % des vignes ont été touchées soit par la gelée noire (pointes et grappes gelées), soit par la gelée blanche (cristallisation sur les cèpes et pousses). Le climat est perturbé : nous avons des débourrements précoces (2 semaine et demi d’avance) puis des fins de printemps très froids… Les solutions ? Nous devons investir et nous adapter : tour antigel, aspersion pour ceux qui ont de la ressource en eau. Les assurances, pour ceux qui sont assurés, permettent de tenir la trésorerie, mais, le déficit de production reste… Que faire ? Certains qui ont beaucoup perdu n’envisage pas d’achats de raisins, comment vont-ils passer ce cap ? Et acheter quels raisins : bio ou pas ? Et où ? Ces aléas mettent en péril nos productions bio et biodynamiques et les clients qui nous suivent doivent s’attendre à voir certaines de nos cuvées passer, peut-être, en vdf, qui sait, nous verrons. »

Thierry Michon, Fiefs vendéens, Domaine Saint-Nicolas /Tel : 02 51 20 88 16
« 40 % du domaine a gelé, environ. De plus nous avons vraiment joué de malchance : le moteur de notre tour antigel a cassé en pleine nuit… Il faudrait une assurance obligatoire, nationale, peut être… Du coup, les cotisations seraient sans doute bien moins chères… Mais si c’est pour toucher entre 1 et 1,5 euros du litre quand nos coûts de productions sont beaucoup, beaucoup plus hauts, que faire… Et la paperasserie qu’il faut remplir, sans compter toute celle qu’on nous demande pour le reste, c’est insupportable dans ces périodes. Pour des domaines comme nous qui avons des en cours bancaires importants, ce manque de raisins puis, in fine, ce manque de bouteilles à vendre devient un vrai problème… Les clients pleurent, nos  comptes aussi. Si les banques, nous suivent, on verra… »

Patrick Baudoin, Loire, Domaine Patrick Baudoin / Tel : 02 41 74 95 03
« Cette années le gel a été déconcertant… Inégal, nous avons gelé complètement sur Savennières, mais les choses sont plus contrastées sur Layon, avec pas mal de gel en bas de côteau. À ce stade, nous avons perdu dans les 40 % de notre production… La protection est difficile, il faut compter 3000 euros l’hectare pour mettre en place les bougies… Certains jeunes dont l’assise financière est fragile et qui ont été touchés se posent la question du modèle pour envisager un retour vers plus de polyculture. Mais c’est l’appellation Savennières qui est sinistrée : on annonce 80 à 90 % de pertes… »

Que tous les autres domaines impactés nous excusent ici de ne pas les citer.

Pour soutenir les vignerons encore une fois durement touchés cette année, 2 opérations de solidarité :

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