L’année du pied bleu

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Le pied bleu garde des reflets bleu-mauve à la cuisson - © 180°C - Photographie Camille Oger

C’est l’un des plus jolis champignons, doté d’un parfum et d’arômes uniques. Le pied bleu, courant dans les forêts françaises jusqu’à la fin de l’automne, est particulièrement abondant cette année, l’occasion de lui rendre un hommage bien mérité.

Dans les Alpes-Maritimes, 2017 a été une très mauvaise année pour les champignons. Pas un sanguin à l’horizon, pas un petit gris, pas un champignon tout court. La sécheresse a eu raison de nos cueillettes tant attendues. En 2018, les choses se présentaient mieux. Au début du mois de septembre, certains ont même parlé trop vite en disant que ce serait l’année du siècle pour les sanguins. Mais en fait non. Ils se sont faits de plus en plus rares à mesure que la saison a avancé, et quasi-introuvables à ce qui aurait dû être son paroxysme. En revanche, nous avons un grand gagnant cet automne : le pied bleu, qui est nettement plus abondant que d’habitude.

Pour une raison qui m’échappe, le pied bleu (Lepista nuda ou Clitocybe nuda) ne fait pas partie des champignons iconiques les plus connus du grand public. Il a pourtant tout pour lui et devrait être une rockstar mycologique : une couleur improbable, une jolie forme, un parfum et des arômes uniques. En plus de toutes ces caractéristiques qui permettent de l’identifier sans hésitation, il se trouve dans de nombreuses régions, de la Norvège à la France en passant par l’Amérique du Nord et l’Australie – où il semble avoir été introduit -, ce qui en fait une espèce familière pour beaucoup de cueilleurs.

Le pied bleu est facile à repérer dans la végétation avec son chapeau lisse mauve à brun clair – © 180°C – Photographie Camille Oger

Alors comment expliquer que le pied bleu ne trône pas avec les cèpes, girolles et autres morilles au Panthéon des champignons les plus cool ? Déjà, il est beau. Magnifique même, avec son joli chapeau ourlé qui se déplie en grandissant, ses lamelles serrées d’un violet plus ou moins pétant, et son pied duveteux couleur lilas. Il est adorable quand il est petit (on trouve de ravissantes miniatures parfaitement formées de la taille d’une pièce d’1 centime), impressionnant quand il est gros (le pied peut sans mal atteindre 3 cm de diamètre pour un chapeau d’une bonne quinzaine de cm).

En plus de son allure d’enfer, le pied bleu a des arômes surprenants. Son odeur, déjà, est distinctive, carrément fruitée. Certains y sentent des notes de jus d’orange, ce qui me paraît assez juste. Ferme quand il est cru, tendre tout en gardant une certaine mâche quand il est cuit, le pied bleu a certes un goût de champignon prononcé, mais avec un côté sucré et acidulé très spécial. C’est peut-être à cause de cette particularité organoleptique – certains n’aiment pas son goût original, mais je pense qu’ils n’aiment pas la vie tout court – qu’il n’a pas la renommée qu’il mériterait à mon avis.

Peut-être aussi n’est-il pas assez rare pour entrer dans la légende.

On le trouve aussi bien dans les forêts de conifères que les forêts décidues de septembre à décembre ; c’est souvent l’un des derniers champignons de l’automne, servant de lot de consolation quand le reste de la saison a été pourri. Il a de plus le bon goût de pousser souvent en ronds de sorcière, c’est à dire qu’on en trouve toute une ribambelle en cercle au pied d’un arbre, ce qui, en plus d’être très beau et toujours un peu fascinant, permet de remplir son panier assez vite.

Cueillette de pieds bleus ce matin – © 180°C – Photographie Camille Oger

Enfin, le pied bleu a l’avantage d’être un champignon généralement très sain si on laisse de côté les spécimens trop avancés, parfois véreux. Il paraît que certaines personnes ne le digèrent pas très bien si elles en mangent de trop grandes quantités, mais il reste considéré comme un excellent comestible. Il fait d’ailleurs partie des champignons cultivés en France. Enfin, il faut vite le dire. Quelques producteurs se sont essayés à sa culture et ont des résultats extrêmement irréguliers. Le pied bleu est difficile à comprendre et à maîtriser, mettant parfois cinq mois à sortir pour un rendement final décevant. Mais il est tellement joli et tellement bon que les essais se poursuivent, en espérant percer les secrets d’une culture réussie.

D’ici-là, le pied bleu vous attend en forêt. Alors profitez-en, et dites-nous ce que vaut la saison par chez vous !

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