Le poiré, l’autre nectar breton

Avant la guerre son père faisait un poiré bouché. Christian Moisan est un passionné de poire et a, à coeur de transmettre cette boisson qui fait partie de la culture bretonne. Délaissé au profit du cidre, le poiré a pourtant de quoi séduire les papilles.

Il est tombé dedans tout petit. Pas les pommes, mais les poires. Des fruits à partir desquels Christian Moisan produit du poiré. Cette boisson, proche d’un vin pétillant, était initialement réalisée dans les fermes bretonnes, au même titre que le cidre. Aujourd’hui, seuls quelques producteurs en fabriquent encore. Comme son père, au lieu-dit Ker Anna à Plumieux dans les Côtes-d’Armor, l’ancien éleveur de 67 ans perpétue la tradition, quitte à la remettre au goût du jour.

Une tonne de fruits pour 500 bouteilles
« On a un patrimoine pyricole remarquable en Bretagne », observe Christian Moisan. Pour le maintenir, il a replanté avec son frère, il y une vingtaine d’années, des arbres issus de greffes de vénérables sur le domaine familial.

On dit que le poirier met 100 ans pour grandir, 100 ans pour produire, et 100 ans pour mourir, explique l’intéressé.

Pour 500 bouteilles de poiré, il faut compter une tonne de poires. Elles peuvent provenir d’un seul arbre.

Des poires dures
Des variétés de poirés il y en a une liste plus longue que le bras. Lorsque Christian Moisan aperçoit un vénérable, il s’empresse d’en prélever un fruit et d’analyser sa teneur en acidité et en sucre. Si les résultats sont satisfaisants, il emmène un bout d’arbre avec lui pour son verger.
En quête de goût, le Breton vante la finesse et la richesse aromatique de la poire. Les récoltes s’étalent de fin août à décembre, voire janvier pour des variétés tardives. « Pour le poiré il faut des poires dures, afin de sortir du jus. Si on prend le cas des poires à manger comme les conférences, on se retrouvera avec de la bouillie. »

Une boisson nerveuse
Pour élaborer son pétillant, Christian Moisan utilise une méthode de vinification. « Le poiré c’est nerveux, détaille le spécialiste. Le lundi on a une fermentation. Le vendredi la boisson peut être compromise. Cela peut-être très brutal. » En maitrisant la fermentation, il obtient un vin effervescent. Le pétillant est alcoolisé à hauteur de 3-4%, « idéal pour l’apéritif ou accompagner le dessert », sourit le Costarmoricain. Avec 3000 bouteilles par an, il fait partie des irréductibles producteurs de poiré.

Contacts


Poiré de Keranna, à Plumieux.
Tel : 02 96 25 46 50 / contact@poiredekeranna.bzh
http://poiredekeranna.bzh

Écrit par
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