La Meuse, ça creuse !

La Meuse, ça creuse !
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L’été sera français nous a-t-on asséné. Plutôt que de vous rôtir la couenne sur les plages bondées de Bretagne ou de la côte basque, pourquoi n’iriez- vous pas faire un tour disruptif du côté de Stenay, d’Hattonchâtel ou de la plaine de la Woëvre (on dit « oivre ») ? En Meuse donc. Car en plus de bénéficier d’un patrimoine historique édifiant, de paysages bucoliques préservés, d’anciens sites industriels-friches-arty inspirants, le coin jouit aussi d’une offre gastronomique des plus intéressantes. Amateurs de poke- bowls et autres mochis au yuzu, passez votre chemin, La Meuse envoie du lourd en réussissant le pari d’une offre à la fois authentique et terriblement dans l’air du temps. Itinéraire.

Elle est fameuse, la Meuse
Lovée entre la Belgique et l’Allemagne, la très discrète Meuse n’a pas attendu la mode pour revendiquer une forte tradition brassicole qui connut son point culminant au XIXe siècle. Si les grandes brasseries d’antan ne sont aujourd’hui plus d’actualité, on trouve aujourd’hui de Stenay à Morley de nombreuses micro brasseries tenues par des passionnés exigeants qui méritent le détour. Avant de commencer votre périple, faites donc un tour au Musée de la bière de Stenaytout au nord du département, un lieu unique en Europe, qui ne consacre pas moins de 2500 m2 à la mousse, des origines à nos jours.

La Meuse, ça creuse !

Ainsi affranchi vous pourrez sans vergogne passer aux travaux pratiques à la taverne du musée ou passer les portes de la micro brasserie La Dunoise, située à quelque 15 km, à Dun-sur-Meuse et déguster une des 6 variétés développées – et récompensées par plusieurs distinctions dont une médaille d’or au concours international de Lyon pour leur bière blonde Indian Pale Ale en avril dernier. Les amateurs de bière belges auront fait une pause à Mouzay à la brasserie de Charmoy où ils siroteront une charmoy ambrée – non filtrée et non pasteurisée, refermentée en bouteille dans les caves – à l’ombre du très élégant château de Charmois.

Un bib et au lit
Comme le nom l’indique, Les Épices Curiens est un établissement qui fait la part belle aux épices, mais pas que. Cuisine délicate, produits respectés et travaillés avec soin, le tout servi avec la plus grande gentillesse dans l’ancienne gare d’Ecouviez, le Michelin ne s’est pas trompé en consacrant une nouvelle fois l’établissement de Valérie et Pascal Mertz dans sa sélection bib 2021… car vous l’aurez compris, la table est bonne et l’addition plus que douce. À noter, le restaurateur propose également des bocaux de ses spécialités – joues de porc aux cèpes, terrine de foies de volaille au porto, terrine de canard au foie gras… – prenez donc des bagages assez grands.

La Meuse, ça creuse !
La recette des Épices Curiens : une cuisine délicate, des produits respectés et travaillés avec soin

Sur le pouce
En allant vers le sud du département, faites une pause à Bras-sur-Meuse. Pour le goûter ou pour fabriquer les casse-croutes qui vous accompagneront dans vos visites, ne manquez pas d’aller faire un tour chez Jean-Luc Marcoux, un artisan boulanger pour qui « l’avenir s’inscrit dans la tradition et la qualité ». Ici, les viennoiseries surgelées n’ont pas droit de cité, tout est fait maison, les pains sont façonnés avec amour et farine bio et les gourmands pourront se régaler sans scrupules de pâtisseries contenant 20% de sucre de moins que la normale.
Vous trouverez de quoi remplir dignement vos sandwichs à Verdun à l’épicerie fine L’Épicuroise, au magasin de producteurs Brin de paille, ou chez le fromager Ma Crèmerie du coin. C’est là sans doute que vous succomberez à l’appel du Brie de Meaux (AOP) qui, contrairement à ce que son nom ne laisse entendre, concentre une très large partie de sa production sur le territoire meusien — notamment de la fromagerie de Dongé où depuis 1922 on travaille de manière exclusivement manuelle un lait entier ultralocal. À noter, la crèmerie distribue aussi les glaces de Nouillonpont Cré’Meuse— goûtez le parfum madeleine de Commercy ! – élaborées à partir du lait entier de la ferme familiale.
Pour un dessert plus fruité, rien de mieux qu’une belle poignée de mirabelles de Lorraine et pour les goûter dans un cadre idyllique, un saut vers Hattonchâtel s’impose, au Verger de la Côte Marion.

Beaucoup plus au sud, une initiative qu’on aimerait voir développée partout en France.
À Heudicourt-sous-les-Côtes, aux abords du lac de Madine, le Mad’in Meuse propose des plats de restauration rapide – sandwiches, quiches, poulet-frites… – uniquement réalisés à partir de produits locaux de qualité. On peut notamment y déguster la viande de Stéphane Mettavant, dont les limousines sont élevées selon le cahier des charges de la marque « Valeurs Parc naturel régional » qui garantit un élevage traditionnel, dans le respect du bien-être animal.

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© 180°C – Monument emblématique de la région : la citadelle de Montmédy

Tables avec vue
Le coin regorge de bonnes tables qui mettent toute un point d’honneur à sublimer le terroir. Cerise sur le gâteau, elles sont pour la plupart installée dans des lieux d’exception où les vieilles pierres le disputent aux étendues verdoyantes.
Citons à Verdun Les Jardins du Mess avec aux commandes le jeune chef Marc Spitz, passé chez Alain Ducasse et Paul Bocuse.

L’hostellerie du Château des Monthairons dont le chef de cuisine Benoît Thouvenin revendique une cuisine « classique et moderne ».
Le Relais de la Voie Sacrée, aux Trois-Domaine tenu par Nicolas Sureau et sa femme, Emmanuelle, dont les clients vantent autant les assiettes tout en délicatesse que la gentillesse.

Le Domaine de Sommedieue, à Sommedieue : un parc magnifique où après vous être initié à la pêche à la mouche vous pourrez déguster les plats du restaurant qui s’est spécialisé dans les champignons (cèpes, truffes de Meuse, girolles, trompettes de la mort, avriots…), les poissons locaux, et le gibier.

Le restaurant Polmard à Saint-Mihiel, un des établissements de l’éleveur qu’on ne présente plus tant le goût inimitable et la qualité de sa viande – garantis par des techniques uniques de maturation sous-vide et de conservation appelée « hibernation » – ont fait le tour du monde.

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Alexandre Polmard, éleveur boucher d’excellence – © 180°C – Photographie Guillaume Czerw

Le Bistrot Saint Jean à  Bar-le-Duc, bistrot haut de gamme de Jean-Christophe Cordel, Jeune Talent Lorraine 2009, dont les dressages « proches de l’art contemporain » ont su impressionner les critiques.

Du nez
C’est à Burey-en-Vaux que Pascal Schuzger vous attend dans sa truffière pour vous initier à la recherche de ce champignons si particulier… et à sa dégustation ! Tuber Melanosporum, Tuber Uncinatum, Tuber Mesentericum, truffe blanche d’Italie, chez Latruffachuchu, vous saurez tout sur la truffe. En juillet, c’est plutôt la truffe d’été qu’il vous proposera de traquer avant de vous faire déguster un apéritif ou un repas gastronomique aux saveurs de sous-bois et peut- être de vous endormir repu et content dans sa charmante chambre d’hôtes – ou dans votre camping-car que Pascal Schuzger peut également accueillir.

Incontournables
Ce petit tour en pays meusien ne serait pas complet sans mentionner les incontournables : La madeleine de Commercy, créée vers 1750 et dont la tradition se perpétue À la cloche lorraine à Commercy depuis 1882 sous la houlette d’artisans madeleiniers passionnés ; les dragées inventées en 1220 par un apothicaire de Verdun que vous pourrez déguster à la maison Braquier.

Incontournable également, la confiture de groseille épépinée à la plume d’oie, une spécialité – et un monument de patience – élaborée à Bar-le-Duc.

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La confiture des groseilles épépinées à la plume d’oie – © 180°C – Photographie Éric Fénot

Bien sûr, ils sont encore nombreux les passionnés qui, de Stenay à Vaucouleurs, font rayonner la gastronomie meusienne. Une chose est sûre, dans la région, le terroir n’est pas une mince affaire et tous, de l’agricultrice au producteur, de l’épicier à la fromagère en passant par la cuisinière ou le gérant du magasin de producteurs, tous ont à cœur de partager et de mettre en valeur ce patrimoine qui leur est si cher.

La Meuse, ça creuse !

Texte de Marie-Laure Bayle

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