Veiller au grain : Vous reprendrez bien un peu de néonicotinoïdes ?

néonicotinoïdes
© 180°C - Éric Fénot
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Sans surprise, l’autorisation provisoire d’employer des semences de betteraves sucrières traitées avec des produits contenant les substances actives imidaclopride ou thiamethoxam (néonicotinoïdes) a été autorisée pour la campagne 2022 selon un arrêté publié au Journal Officiel le 1er février dernier pour, rappelons-le, 1,5 % de la surface agricole utile.

Placard à archives. Au printemps 2016, Barbara Pompili, alors Secrétaire d’État chargée de la Biodiversité s’exprimait à l’Assemblée Nationale : « les rapports s’empilent, les études scientifiques s’empilent (…), les néonicotinoïdes sont extrêmement dangereux, ils sont dangereux pour les abeilles mais bien au-delà des abeilles, ils sont dangereux pour notre santé, ils sont dangereux pour notre environnement, ils contaminent les cours d’eau, ils contaminent la flore, y compris la flore sauvage, ils restent dans les sols très longtemps (…), nous avons une responsabilité vis-à-vis de nos enfants. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. »

Son combat était alors entendu et le 1er septembre 2018, l’utilisation de produits phytopharmaceutiques contenant des néonicotinoïdes était désormais interdite en France. Et le gouvernement de l’époque soulignait que, par cette décision, la France se positionnait plus que jamais en pointe sur l’interdiction des produits phytopharmaceutiques dangereux pour les pollinisateurs. Et d’ajouter que ces interdictions étaient essentielles pour lutter contre le déclin massif des colonies d’abeilles et des pollinisateurs sauvages.

Retournement de situation. Fin 2020, le Parlement vole au secours de la filière betteravière qui venait de faire face à la prolifération de pucerons verts vecteurs de la maladie de la jaunisse qui réduit les rendements et accorde un retour temporaire à l’utilisation des néonicotinoïdes. Dans le jargon politique et législatif, on appelle cela une autorisation provisoire et dérogatoire.

Elle fut mise en place extrêmement rapidement puisque le 5 février 2021, Julien Denormandie, Ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, et Barbara Pompili, devenue Ministre de la Transition Écologique signaient un arrêté autorisant provisoirement l’emploi de semences de betteraves sucrières traitées avec des produits phytopharmaceutiques contenant les substances actives imidaclopride ou thiamethoxam alors même que madame la Ministre avait indiqué quelques années auparavant à l’Assemblée Nationale qu’il ne pouvait pas y avoir de dérogations : « c’est parce que si on commence à dire, on interdit là où il y a des alternatives mais on fait des dérogations et on les laisse courir dans le temps, on sait très bien que ça, c’est la porte-ouverte au fait qu’il y ait certains néonicotinoïdes qui ne soient jamais interdits. »

Des alternatives, il en existe. En juin 2021, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) saisie par le ministère chargé de l’agriculture pour identifier des alternatives efficaces et disponibles pour réduire les populations de pucerons infestant la betterave sucrière a identifié, dans un rapport de 160 pages, 22 alternatives et moyens de lutte moins toxiques dont 4 à court terme et 18 potentiellement disponibles dans un délai de deux à trois ans.

Si l’on tient compte du délai indiqué par l’Anses, il ne faudra donc pas être surpris qu’un arrêté paraisse au Journal Officiel en février 2023 autorisant provisoirement l’emploi des semences de betteraves sucrières traitées avec des produits contenant les substances actives imidaclopride ou thiamethoxam. Rien d’étonnant puisque la loi votée en 2020 l’autorise jusqu’au 1er juillet 2023 et tant pis si, comme le disait Barbara Pompili, ils sont dangereux pour les abeilles (…), pour notre santé, pour notre environnement.

Philippe Toinard – Rédacteur en chef de la revue 180°C

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