Veiller au grain :
Bleu, blanc, rouge… tout n’est pas rose !

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Le 2 juillet 2021, Emmanuel Macron inaugurait à l’Elysée, la seconde exposition du « Fabriqué en France » qui présentait 126 produits symboles du savoir-faire français, de relocalisation et de réduction des émissions carbones par une production au plus près des marchés finaux. Parmi les secteurs représentés, le textile, la robotique, le design ou l’alimentaire. Un secteur qui surfe sur la tendance du « Made in France » pour berner les consommateurs.

En préambule, saluons les produits alimentaires présentés pour cette exposition. Parmi eux, le fromage Banon AOP de Provence, le yaourt au lait entier de la Ferme des Peupliers dans l’Eure, le biscuit rose de Reims, l’huile d’olive vierge extra corse, les cornichons de la maison Marc dans l’Yonne, les lentilles vertes AOP de Haute-Loire et le pâté Hénaff bio qui revendique une recette centenaire inchangée à partir de porcs bios bretons sélectionnés dans les élevages locaux. Il y avait certainement matière à présenter des produits plus représentatifs du savoir-faire français mais là n’est pas le débat.

Abus de drapeau. Si vous vous promenez dans les allées des grandes surfaces, vous constaterez à quel point une majorité de marques affichent sur leurs emballages des drapeaux français. Mis à part un exemple d’étiquetage rendu obligatoire par la loi comme celui de la viande avec les logos « viande de veau française », « le porc français » ou « volaille française » apposés sur les produits vendus crus, réfrigérés ou congelés mais aussi en tant qu’ingrédient dans les plats préparés (au moins 8 %), il y a globalement un abus de drapeau pour le « fabriqué en France » (ou dans une région précise) le « cuisiné en France », le « préparé en France » ou le « contrôlé et emballé en France », qui évidemment ne garantissent aucunement que les ingrédients utilisés pour la fabrication soient produits en France.

De nombreuses études publiées ces dernières années,laissent apparaître que les Français sont prêts à payer plus cher des produits fabriqués en France de façon à soutenir les entreprises, à maintenir l’emploi et à garantir des normes sociales. Et plus encore depuis la crise sanitaire que nous traversons depuis 18 mois. Il n’en fallait pas plus pour que les industriels de l’agroalimentaire surfent sur cette tendance pour afficher du drapeau français sur les emballages et enfoncer le clou dans leurs spots en radio ou en TV pour déclencher l’acte d’achat.
Sauf que, comme le souligne l’organisation à but non lucratif, Foodwatch qui se bat pour une alimentation sans risques, saine et abordable pour tous et toutes, « trop d’aliments made in France arnaquent sur leur véritable origine. » L’organisation reconnaît même crouler sous les exemples malhonnêtes en donnant, quelques jours après l’inauguration de l’exposition « Fabriqué en France », le nom des marques qui embrouillent les consommateurs.

Lire les contre-étiquettes reste la seule solution pour faire son choix au moment de l’achat car ce n’est pas demain la veille que les industriels de l’agroalimentaire vont afficher de manière claire le pays d’origine de chacune de leurs matières premières. Ils préfèrent pour le moment bombarder leurs étiquettes de drapeaux et de diverses mentions comme « sans sucres ajoutés », « sans arôme », « sans colorant », « sans conservateur », « sans huile de palme » car ils savent que ça répond aux inquiétudes et aux attentes des consommateurs. En attendant, nous aimerions bien que le velouté de légumes saveur du sud de Carrefour bio « fabriqué en France » nous indique autre chose que « ce velouté est fabriqué en France à partir de légumes bio de diverses origines. » Vous pourriez nous dire lesquelles ou c’est trop demandé ?

Philippe Toinard – Rédacteur en chef de la revue 180°C

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