Veiller au grain : Le pigeon et son petit pois

petit pois
© 180°C - Éric Fénot
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Le poète et écrivain, Raoul Ponchon (1848 – 1937) à qui l’on doit des milliers de vers dont la célèbre citation « quand mon verre est vide, je le plains ; quand mon verre est plein, je le vide » est aussi l’auteur de « vois comme Dieu fait bien les choses quelquefois ! Le pigeon n’est fameux qu’au temps des petits pois »… c’est-à-dire au printemps. Une citation dont certains chefs, peu respectueux des saisons, devraient s’inspirer.

Le dernier en date à confondre les saisons se nomme Diego Alary. Son nom ne vous dit rien ? Normal, il est surtout connu sur le réseau TikTok où il compte pas moins de 2,5 millions d’abonnés et 303 000 sur Instagram. Il a, par le passé, participé à Top Chef et vient de publier son premier livre dont il fait la promotion sur tous les plateaux TV et radio, de France Inter à Europe 1 en passant par France 2 et France 5. Qualifié de phénomène des réseaux sociaux sur lesquels il publie des recettes filmées dans un format de 40 secondes, il nous a récemment gratifié (le 3 janvier 2022) d’une recette « detox » à base de haricots verts (zharicots dans la vidéo), de pois gourmands et de petits pois… tous de saison comme chacun le sait !

Premièrement, Diego, comme les autres, il serait temps d’arrêter avec le mot detox systématiquement utilisé après les fêtes. Non, notre corps n’est pas intoxiqué et il ne mérite pas de passer par la case detox. Il suffit simplement de rééquilibrer son alimentation après un arrêt un peu trop long par la case foie gras, poularde farcie aux marrons, bûche, champagne, cocktails, blinis, tarama, galette des rois et j’en passe. Nombre de diététiciens et de nutritionnistes le disent : « les cures detox peuvent s’avérer dangereuses car trop souvent déséquilibrées. »

Deuxièmement, Diego, quitte à préparer une recette légère après les fêtes pour vos followers, faites-le avec des produits de saison. Un chef, quel que soit son parcours et son âge, se doit d’être pédagogue et de rappeler l’importance des saisons et des bienfaits que chaque produit apporte au moment où il apparaît sur les marchés. Nous sommes nombreux à rappeler (à rabâcher) qu’il est incohérent et irresponsable de manger des asperges du Pérou en novembre, des cerises du Chili en décembre ou des tomates françaises en janvier. Le corps a des besoins, des attentes comme de la pastèque ou du melon en été, des poires en automne et des endives en hiver.

Il est vrai que janvier n’est pas le mois le plus sexy pour élaborer une recette detox mais, avec les choux de Bruxelles, le chou pommé, la mâche, les courges, le céleri rave et les panais, il y avait de quoi se creuser la cervelle et imaginer une salade haute en couleurs et en saveurs. Au lieu de cela, ce fut donc pois gourmands, zharicots verts et petits pois… achetés chez le primeur (si tel est le cas, changez-en vite) à des prix stratosphériques à moins qu’ils n’aient été trouvés dans les rayons de la célèbre marque de surgelés qui propose de tout, toute l’année.

Résultat, 856 000 vues, 42 000 likes et 330 commentaires pour une recette totalement hors-sol qui nous rappelle qu’on n’est pas sorti des ronces avec de telles pratiques. Apprendre à cuisiner via des formats courts et innovants et éventuellement donner envie à de jeunes followers de se mettre aux fourneaux est une bonne chose. Les prendre pour des pigeons en leur inculquant de mauvaises bases en est une autre… trop grave à notre goût.

Philippe Toinard – Rédacteur en chef de la revue 180°C

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