Veiller au grain :
Vachement affligeant

Veiller au grain : <br/>Vachement affligeant
© 180°C - Photographie Olivier Pascuito
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L’image est réapparue début septembre sur le fil de l’Agence France Presse et reprise par des dizaines de médias dans le monde entier, celle d’un troupeau de vache ruminant sur une ferme flottante dans le port de Rotterdam au milieu des grues et des porte-conteneurs. Et tout le monde de saluer le concept innovant – mais surtout très coûteux – sans jamais poser la question du bien-être animal.

Propriété de Minke et Peter van Wingerden, cette ferme flottante de 40 vaches laitières dont le projet avait été dévoilé fin 2017, est opérationnelle depuis 2019 et sera rentable fin 2021. Sur le papier, les constats des propriétaires pour justifier de cette installation ubuesque sont recevables « la terre agricole aux Pays-Bas est devenue une denrée rare », « il faut créer un nouvel espace agricole dans un pays vulnérable à la montée des eaux », « s’adapter au climat », « les sols aux Pays-Bas sont de plus en plus pollués », « une idée intelligente qui permet de protéger la nature ». Certes, mais qu’en est-il du bien-être animal ?

Son fonctionnement. La ferme de verre et d’acier, entièrement alimentée à l’énergie solaire, est construite sur l’eau et monte et descend au gré des marées. Elle se compose de 3 étages pour 1 200 m2. Un premier niveau accueille les 40 vaches, de race Meuse-Rhin-Yssel, avec vue imprenable sur le ballet des camions et des grues du premier port européen, un deuxième est consacré à la transformation du lait en fromages, yaourts et beurre et le troisième à l’affinage. La traite, assurée par un robot 24h/24 permet de produire environ 800 litres de lait par jour. Les vaches se nourrissent de foin, de résidus céréaliers d’une brasserie locale, de restes donnés à la ferme et d’herbe issue de la tonte du golf et du terrain de foot de Rotterdam. Quant au fumier, il est transformé en granulés pour les jardins et l’urine recyclée en eau potable… pour les vaches.

Si écologiquement et économiquement le projet, devenu réalité, fonctionne, il est assez légitime de se demander si la place d’une vache est sur un plancher flottant ou dans un pré. Lors de la présentation du projet que certaines associations et partis politiques ont tenté de faire interdire, il avait été indiqué qu’un espace de verdure sur le port serait à la disposition des vaches. Les récentes images ne montrent plus cet espace que le troupeau de 40 vaches aurait de toute façon brouté en quelques heures. Et l’un des rares employés de rappeler que « les vaches sont des animaux assez ennuyeux. Elles aiment faire exactement la même chose tous les jours, manger, boire, aller à la traite et dormir. C’est exactement ce qu’on leur offre ici ». Des propos qui laissent peu de place au respect.

La place d’une vache, aussi polluante soit-elle sur l’eau comme dans un pré, est-elle réellement sur une plate-forme flottante ? Non, évidemment. Une vache peut parcourir jusqu’à 5 kilomètres par jour ce qui est loin d’être le cas dans cette ferme où l’absence d’espace pour se mouvoir est criant. Les propriétaires s’en émeuvent-ils ? A priori non si l’on reprend certains de leurs propos « les vaches n’ont pas le mal de mer. C’est comme si vous étiez sur un bateau de croisière. » Dans un pays, les Pays-Bas, où l’agriculture est l’une des plus intensives et industrialisées d’Europe, il eut été plus logique d’emmener en croisière, des navets, des pommes de terre, des poireaux et des carottes plutôt que 40 vaches qui au final, émettent toujours autant de gaz qui participent à l’effet de serre, que dans un pré.

Philippe Toinard – Rédacteur en chef de la revue 180°C

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