Veiller au grain :
Tous à poil

Veiller au grain : <br/>Tous à poil
© 180°C - Photographie Olivier Pascuito
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Ils se prénomment Christophe, Caroline, Jérôme, Mickael, Sophie, Aurélie… ils sont éleveurs de races à viande, de volailles, de brebis, producteurs de tomates, de salades, de fromages, de lait et engagés dans une agriculture biologique. Depuis début juin, ils ne décolèrent pas et s’affichent à poil ou en petite tenue sur les réseaux sociaux pour dénoncer les décisions du gouvernement sur la Politique Agricole Commune 2023 qui programme une baisse des aides à l’agriculture biologique qui laisserait la bio… à poil.

Le bio en France c’est, d’après les chiffres 2019 dévoilés en juillet 2020 par l’Agence Bio, 2,3 millions d’hectares conduits selon le mode biologique (soit 8,5 % de la surface agricole utile) contre 1,1 millions d’hectares en 2014. C’est également 70 332 opérateurs (producteurs, transformateurs et distributeurs) engagés et certifiés soit une hausse de 14 % et la promesse d’un soutien des consommateurs puisque 1 Français sur 10 consomme des produits bio au quotidien et 11 % envisagent d’augmenter leur consommation future pour des raisons éthiques et sociales, de santé et d’environnement.

Mise en place en 1962, la PAC, commune à tous les États membres de l’Union Européenne, visait à sa création à augmenter la productivité du secteur agricole et à garantir la sécurité alimentaire en consacrant une partie du budget (appelée premier pilier) aux aides directes versées aux agriculteurs notamment en fonction de la surface de leurs exploitations et une autre (appelée second pilier) pour dynamiser les zones rurales sous forme, à titre d’exemples, d’aides spécifiques à la modernisation des exploitations, à la promotion du tourisme ou à l’agriculture de montagne. Régulièrement réformée, la PAC connaît parfois certaines réorientations notamment avec l’arrivée de nouveaux membres. La dernière réforme introduite en 2015, court jusqu’en 2022 et c’est en mai 2021 que le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, a présenté les grands arbitrages du Plan Stratégique National (PSN) qui est le document-cadre qui définit les premiers arbitrages concernant les interventions et modalités de mise en œuvre à l’échelle nationale de la prochaine PAC (2023 – 2027) pour la France.

Les raisons de la colère, la disparition de l’aide au maintien de l’agriculture biologique réservée jusque-là aux agriculteurs convertis depuis 5 ans et les propos du Ministère de l’agriculture qui indique que : « l’enjeu principal dans notre pays n’est pas le maintien une fois qu’on est en bio mais l’investissement des agriculteurs pour qu’ils passent en bio. » Rappelons au passage que le gouvernement s’était engagé à ce que 15 % de la surface agricole utile (SAU) soit convertie à l’agriculture biologique d’ici la fin du mandat d’Emmanuel Macron. Julien Denormandie, lui-même, a reconnu que cet objectif ne sera pas atteint.

Dans cette nouvelle PAC qui aura pour enjeu principal de verdir l’agriculture européenne, l’aide à la conversion en France passera de 250 millions d’euros par an à 340 millions. Tout le monde pourrait s’en réjouir ! Pas la Fnab (Fédération nationale de l’agriculture biologique) qui souligne que cela cache en réalité la disparition de l’aide au maintien. En effet, les 5 premières années, un agriculteur pouvait prétendre à l’aide à la conversion bio avant de passer sur l’aide au maintien. Sans cette dernière, ce sont des dizaines de milliers d’euros qui s’envolent.

Autre sujet de mécontentement, la volonté du ministère de l’agriculture de mettre tout le monde sur le même pied d’égalité au niveau des aides. Ainsi, la mise en place de l’éco-régime en lieu et place du paiement vert. Cette aide permettait, à tous les agriculteurs, de percevoir 80 euros par hectare et par an en moyenne auxquels s’ajoute une aide spécifique à la pratique de l’agriculture biologique de 122 euros par hectare et par an. Dans la prochaine PAC, le paiement vert disparait au profit de l’éco-régime et passe à 70 euros par hectare et par an. Quant à l’aide spécifique, envolée ! Un agriculteur en conventionnel perdra donc 10 euros par an et par hectare alors qu’un agriculteur bio verra ses aides diminuer de 10 euros plus les 122 euros qui lui étaient allouées par an et par hectare pour la pratique du bio soit une perte moyenne de 66 %…de quoi effectivement se retrouver à poil.

Philippe Toinard – Rédacteur en chef de la revue 180°C

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