Chacha, jaja, amitiés, paysages : la Géorgie ! – épisode 2

Pauline est récemment partie en Géorgie et nous en a rapporté ce récit en trois épisodes (lire l’épisode 1 ici). Au menu : vins, chacha, nourritures, rencontres, découvertes, sentiments et émotions. Le voyage de quatre amis qui plongent affables dans la culture géorgienne, qui s’abandonnent, les yeux, la bouche, et le coeur grands ouverts.

Chacha, jaja, amitiés, paysages : la Géorgie ! - épisode 2

 

Épisode 2/3 – Je suis touchée par mes rencontres géorgiennes, l’hospitalité, l’accueil, l’esprit d’ouverture et de curiosité, l’énergie qu’il y a ici. Anastasia du domaine Artana Wines nous a invités à sa table du Nouvel An et du Noël orthodoxe, les célébrations nous déphasent, on aime ça. 

Ketevan nous a aussi fait goûter le vin de son père, le saperavi, un rouge très noir, ils disent d’ailleurs parfois que ce sont des vins noirs. Le jus paraissait très épais et très dense, et en bouche, en fin de compte, c’était fluide, éclatant, croquant, le fruit, très frais. Beaucoup des rouges que j’ai goûtés en Géorgie s’expriment comme ça, un équilibre entre la force, la fluidité, la persistance, l’apesanteur. Mais vu le nombre de cépages qu’il existe en Géorgie, j’ai encore du travail avant de me faire une opinion qui puisse vraiment tenir la route.

Tamuna m’a fait goûter son « Kiss », kisi, rkatsiteli, saperavi, raisins blancs et rouges, de la macération, ça fait un rosé foncé, un jus léger et frais. Tamuna est grande, franche, avenante, curieuse, « alors vous étiez où, vous avez fait quoi, quels sont vos plans ? », avec Ketevan elles se sont rencontrées pendant leurs études de français, elles parlent parfaitement toutes les deux. On s’est quittés en s’enlaçant, c’est con, tu sais c’est fort, de se rencontrer loin de chez soi à un endroit du monde comme ça, à cause du vin, et échanger, se relier, tisser un lien qui semble pouvoir devenir fort. Ça me touche, j’ai déjà envie de revenir alors que je ne suis pas encore partie. Peut-être en juin pour la winefest de Tamuna, Supernatural. Oui, revenir, pour aller au fond des choses, parce que je n’ai pas vu assez de paysages et de qvevri, parce que c’est l’hiver et que je n’ai pas vu de vignes avec des feuilles et des fruits, parce que je veux encore des repas avec des tables remplies de nourriture, et du chacha qui rend fou.
Je me suis sentie proche de Ketevan et de Tamuna, dans leurs personnalités et démarches, j’ai envie de les découvrir mieux, là où ça se passe pour elles, à l’est, en Kakhétie. Elles m’ont aussi présenté Enek à Vino Underground. Elle est originaire de Boston mais aussi de Hongrie, et ça fait environ 5 ans qu’elle s’est installée en Géorgie. Elle parle également français. Et géorgien. C’est impressionnant. Enek est à la fois sommelière-manager de Vino Underground et vigneronne dans l’Ouest, en Imérétie, là où, elle nous explique, c’est plus vert, et ça lui convient mieux que l’Est. La prochaine fois que je viendrai, je pourrai goûter ses vins.

Il y a une force féminine à l’oeuvre à travers vignes et qvevri en Géorgie. L’énergie est contagieuse.

Anastasia de Artana Wines nous a soignés. C’est sans aucun doute avec elle que l’on a appris ce que c’était l’hospitalité géorgienne. Au-delà des conseils pour touristes émerveillés qui cherchent à acheter tapis, nappes, bijoux, épices, et des arrangements logistiques, se loger, se déplacer…Anastasia nous a conviés à sa table de fête du 31 décembre, vins et chacha bien sûr, mais aussi viande froide, mixture indéfinissable à la betterave, salades, et puis musique, amis, ivresse, et nos meilleurs voeux et la plus grande joie pour cette transition à l’année 2020, dont on se souviendra, même si certains passages resteront flous, toujours.

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De gauche à droite, Edouard, Pauline, Antoine, au repas de Noël chez le père d’Anastasia – © 180°C Photographie Pauline Dupin-Aymard

Elle nous a aussi amené à son, non, ses, repas de Noël, célébration qui a lieu le 7 janvier chez les orthodoxes. Ainsi, émus, touchés, même pas embarrassés tant l’accueil est chaleureux, on s’est trouvés là, à manger et boire encore – c’est une activité à temps plein dont on s’est d’ailleurs jamais vraiment plaints – du hareng, de la viande, des pommes de terre, des pickles, du fromage. Sur la table, tout est disposé en même temps et sans ordre, les grand-parents sont installés chacun à un bout, lever son verre, Gaumarjos ! Nana a joué du piano. Et nous avons filé à l’autre repas de Noël chez la mère d’Anastasia, il était 23h et on a remis le couvert, l’expression n’a jamais pris autant de sens. Il y avait beaucoup de gens, des jeunes, des amis du petit frère d’Anastasia, et de la viande qui grillait sur le barbecue sur le balcon surplombant Tbilissi. Y avait des katchapouri, c’est un mythique met d’ici qu’on trouve partout, un genre de pain au fromage qui prend chaque fois une forme différente mais s’appelle toujours katchapouri. C’est tantôt comme un bateau recouvert d’un oeuf et de beurre, limite indigeste, tantôt un bâton garni de fromage fondu, ou encore ça peut être similaire à une pizza, avec un goût acidulé lactique. Le katchapouri est gras, et  rien qu’en écrivant ces mots « fromage fondu » je le sens s’étendre dans ma bouche, se dissoudre sous l’effet de ma mâchoire, et tapisser mon estomac, coupable et confortable. En roulant vers le nord depuis Tbilissi, jusqu’à Kazbegi qui se trouve presque à la frontière avec la Russie, on est passés entre les montagnes blanches, magnifiques, et majestueuses, et on a mangé un autre Katchapouri qui lui était cuit dans de l’huile, presque frit, et toujours rempli de fromage. Y en a vraiment partout des katchapouri.

Rendez-vous la semaine prochaine, pour le dernier épisode de cette trilogie géorgienne.

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