Chacha, jaja, amitiés, paysages : la Géorgie !

Pauline est récemment partie en Géorgie et nous en a rapporté ce récit en trois épisodes. Au menu : vins, chacha, nourritures, rencontres, découvertes, sentiments et émotions. Le voyage de quatre amis qui plongent affables dans la culture géorgienne, qui s’abandonnent, les yeux, la bouche, et le coeur grands ouverts.

Chacha, jaja, amitiés, paysages : la Géorgie !

 

Épisode 1/3 – C’est l’effervescence du départ, découvrir Tbilissi et faire connaissance avec quelques traditions qui se mangent et se boivent, et puis rencontre avec Ketevan et Tamuna à Vino Underground. 

Je ne sais pas si le voyage a commencé au moment où l’idée est née dans nos têtes, qu’on l’a partagée, et qu’on a réservé des billets, ou si c’est quand j’ai fait des listes, la valise éventrée sur le sol, que je me suis projetée, et que j’ai imaginé, ou bien peut-être encore quand vraiment je suis partie, et que j’ai pris un car pour traverser la France et retrouver les amis, avant de prendre un avion pour traverser un bout du monde, et enfin arriver là-bas. Antoine était en train de nous montrer le bob en polaire qu’il venait d’acheter, puis il a mis ses mains sur mes épaules, ses yeux brillants braqués sur les miens, riant, attisé de la grande aventure et encore naïf de tout ce que l’on vivrait, « eh Pauline on va en Géorgie ».

C’est peut-être là que ça a effectivement commencé alors. L’effervescence de se retrouver, le parking, les bagages, les avions, les plateaux repas, courir à travers l’aéroport d’Istanbul, puis enfin, recevoir un tampon sur son passeport. « Tbilissi ». C’est rassurant d’aborder l’inconnu avec ses amis. Ils deviennent un refuge, un cocon, une accroche, oui on s’est tous accrochés les uns aux autres, quitte à parfois se faire tomber, Pauline, Edouard, Antoine, et moi, et on a plongé dedans, assoiffés, affables, dans Tbilissi qui a des balcons partout, où les immeubles jouent avec le niveau de la rue, ne sont pas vraiment droits, se délitent, ces immeubles qui ont toujours comme une cour dans laquelle est suspendu du linge qui sèche, et tout semble presque toujours un peu en chantier, en travaux, en bordel, c’est détruit, cassé, des détritus, de la poussière, c’est pas fini, abîmé, en quête de. Tbilissi et même la Géorgie dans son ensemble laissent dans la bouche ce goût spécial des endroits un peu énigmatiques, parce qu’on ne les comprend pas tout de suite, qu’il faut du temps pour les appréhender, ils sont chargés d’histoires, pleins d’une âme qui parle sans vraiment se révéler, il faut fouiner, insister, errer, se perdre, passer les portes, suivre les conseils, désobéir, s’abandonner.

On a atterri chezVino Underground pas par hasard. Contempler l’inscription en français :

On distingue dans l’eau son propre visage, mais dans le vin on aperçoit le cœur d’un autre

Puis s’engouffrer sobre, et sortir espiègle, boire un vin orange, un rkatsiteli de 6 mois de macération, au goût fumé, épicé, poivré, servi à la presque température ambiante, qui n’est pas filtré et pourtant si limpide, et manger des fromages du coin, souvent très salés, et du pain qu’on trempe dans l’huile de tournesol et du piment, ainsi qu’un kaki séché, produit très à propos à la période des fêtes. Ici dans cette pièce, cave, sans ouverture, sans fenêtre, sans vue, confinés entre nous, pas d’autre choix que de se regarder, suivre le dicton à l’entrée, et plonger dans le coeur des autres. J’ai retrouvé Ketevan et Tamuna, le vin est toujours un bon prétexte pour se rencontrer et se découvrir, d’ailleurs, quand on s’est quittés, Tamuna a dit en riant « t’es venue pour qu’on parle de vins et on a parlé d’amour », et c’est pour moi une des plus belles digressions quand je rencontre quelqu’un du vin. Mais on a quand même parlé de vins.

En 2015, Ketevan a rejoint son père sur le domaine qu’il avait créé en 2006. En attendant le début de la taille, elle s’est mise au sport « sinon je ne faisais que boire » elle a dit en riant avec sa voix toute douce qui animait son visage précieux encadré de ses cheveux noirs et de ses nouvelles boucles d’oreilles, et aussi elle prend des cours d’italien. Elle a un air calme, et fait sereine, pétillante, sincère. Elle est arrivée emmitouflée dans son manteau et avec sa fille endormie dans les bras. On a goûté son Córazon Partido, puis – à un autre moment – sa cuvée Bébés, qui a cet intelligent équilibre entre matière et vivacité, vivant et volubile, du rkatsiteli et mtsvane restés 7 mois en qvevri (jarre de terre cuite).

C’est du vin qui veut raconter des choses.

Ketevan n’a pas de pressoir, seulement un érafloir, les raisins sont foulés, puis tout est mis en qvevri, elles-mêmes enterrées dans le sol. Les premières heures, les premiers jours, lorsque ça fermente il faut piger toutes les 4h – même la nuit donc – sinon ça déborde, ça gerbe tout le temps, et une fois que les fermentations sont finies, elle ferme et scelle les qvevri et ne les ouvre plus jusqu’au moment de mettre le vin en bouteille. Ce qui reste au fond, qui s’est déposé, lies, pépins, peaux, rafles, et un peu de jus, sera distillé et fera le célèbre et dangereux chacha qui prête son nom à à peu près tout (bars, cafés, hôtels, lieux…), que l’on trouve partout, et que l’on boit tout le temps, dans des petits verres à table.

Quelqu’un décide de porter un toast, une vraie tradition en Géorgie, la personne lève son verre, prononce une phrase souvent émouvante, comme « je bois à l’amitié, au voyage, à la curiosité, aux vins géorgiens », on lève tous nos verres, on dit Gaumarjos et on boit d’une traite le chacha (ça peut aussi se faire avec du vin). Il vaut mieux peut-être oublier que le degré d’alcool peut avoisiner les 80%, quoique, enfin, bref, on a eu quelques lendemains difficiles, mais tous les chacha ne sont pas si forts.

Rendez-vous la semaine prochaine, pour le deuxième épisode de cette trilogie géorgienne.

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