Chacha, jaja, amitiés, paysages : la Géorgie ! – épisode 3

Pauline est récemment partie en Géorgie et nous en a rapporté ce récit en trois épisodes (l’épisode 1 / l’épisode 2 ). Au menu : vins, chacha, nourritures, rencontres, découvertes, sentiments et émotions. Le voyage de quatre amis qui plongent affables dans la culture géorgienne, qui s’abandonnent, les yeux, la bouche, et le coeur grands ouverts.

Chacha, jaja, amitiés, paysages : la Géorgie ! - épisode 3

 

Épisode 3/3 – Banquet à Telavi, gastronomie, paysages, la Géorgie nous laisse tous bouche bée. Notre amitié a mué dans l’expérience du voyage et du dépaysement, plongés dans l’inconnu, on se connaît mieux, on s’aime plus, reliés par tous ces souvenirs, ces goûts, ces images.

Mais la grande expérience gastronomique ça a sûrement été à Telavi. Lorsque l’on est allés dans un restaurant, tout juste sortis d’un autre. Quand j’ai mangé pour la première fois les raviolis, les khinkalis, qu’il faut déguster avec les doigts, en croquant dans la pâte blanche un peu épaisse et très moelleuse, sucer et aspirer le bouillon brûlant qui coule dans la gorge, il paraît que ça soigne les gueules de bois, puis mordre dans la farce de viande et d’oignons. Ça ressemble à une bourse, c’est mignon, délicat, rassasiant, franc, sans tergiverser, c’est profondément délicieux et satisfaisant. Sur cette grande table installée dehors, sous le soleil de l’hiver, le ciel bleu, face aux montagnes, ce relief qui est indissociable du paysage ici, Anastasia a dit « est-ce que vous aimez nos montagnes ? moi je les adore », et la table est devenue un autel, un autel de débauche presque, des feuilles de vigne farcies de viande, du fromage, des légumes lacto-fermentés, le lobio, ce plat de haricots rouges cuit dans un pot en terre cuite à mi-chemin entre le potage et la potée ou la garbure s’il faut comparer, salades, viande grillée, pains au maïs et au fromage, soupes, champignons au fromage, – on mange beaucoup de fromage – et puis bien sûr des litres de chacha, et le groupe de Géorgiens ne cesse de célébrer et de porter des toasts, ils rient, ils parlent, ils dansent.

Anastasia est installée à Artana avec son frère, c’est là-bas qu’il y a leurs qvevri enterrées dans une maisonnette aux bordures de fenêtre bleues, à côté d’une petite parcelle de vignes plantées en échalas, et devant la montagne comme un carton-pâte. Là, un après-midi, on a fait un feu, on a mangé, bu, discuté et ri. On est allés voir les vignes un tout petit peu plus loin avec le 4×4 d’Anastasia, et nos verres à la main, dans la lumière orange ou sable du soleil qui se couche, et nous baigne là-dedans, ce décor qu’on piétine, y a quelque chose de sacré, je crois qu’on s’est tous sentis plus uniques que d’habitude à ce moment-là.

Il n’y avait pas de vert, pas d’herbe, pas d’arbre, ici c’est sec, très chaud et très sec l’été, on se croirait dans le désert.

Les journées défilent comme ça. Imprégnés des paysages, quelque chose lâche en nous, et fait qu’il semble que l’on s’abandonne entièrement. Notre amitié à tous les quatre, elle change, elle se transforme, se meut, c’est fascinant de voir ça. On s’en rend subtilement compte pendant le voyage, mais c’est surtout après qu’on le comprend, plus tard, avec de la distance.
C’est la force de l’expérience, le dépaysement, la perte de repères, sur ces routes dont on n’a pas l’habitude, poussiéreuses, sur le bord desquelles il y a toujours des gens qui attendent, des vaches, des brebis, des chiens errants, des vendeurs de vins et chacha en bidons plastique, friandises, pots de miel, et des crochets auxquels la viande est suspendue. Oui ces routes à la fois nous éclatent, chacun ayant sa façon propre de recevoir les émotions et de réagir aux gens, aux choses, aux événements, et alors les réactions parfois se confrontent, échauffent et distendent les liens, et à la fois ce voyage nous unit, nous soude, nous lie, intimement, notre amitié semble s’épaissir et s’ancrer, elle s’enracine, et nous munit de cette bienveillance indispensable pour aimer aussi les faiblesses et bizarreries qu’on ne rencontre chez soi et chez l’autre que lorsque l’on plonge dans les fonds des Êtres, et c’est profondément beau. Les voyages n’amènent pas qu’à découvrir un endroit et une culture, ils font aussi plonger en soi-même et éprouvent les liens de ceux qui décident de partir ensemble. C’est une des plus belles choses que je connaisse, que de vivre ensemble une expérience de ce genre, qui questionne viscéralement, et se quitter en un niais câlin à quatre devant les portes vitrées de l’aéroport de Lyon.

 

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