Gardanne rouge safran

Pour les journées pastaga-paella-pénéqué* de l’été, laissez tomber le safran du supermarché : en Provence comme ailleurs en France, la culture du crocus sativus est en pleine résurrection.

Safran reviens parmi les tiens
Laurence Olivier vit et cultive son safran sur le bien nommé chemin du Safran, à Gardanne, une commune ouvrière située au cœur du bassin minier de Provence. « Dans un livre du tout début du XXe siècle, l’abbé Marius Chaillan vantait la fertilité des terres de Gardanne, raconte Laurence. Il ajoutait qu’il y avait autrefois des safranières autour des remparts du Cativel – ex-Captivel –, nom de la colline primitive du village, c’est-à-dire ici-même ». On sait du reste, depuis la thèse de Louis Stouff[1], que le safran d’Espagne, où cette épice originaire de l’Est de la Méditerranée fut sans doute introduite par les Arabes, faisait déjà l’objet d’un commerce en Provence au Moyen Âge. « Le safran est sans doute également arrivé ici au moment de la fondation de Marseille et pendant les croisades, complète Daniel Vaslin, l’un des fondateurs de l’association Safran Provence . Il a longtemps été produit sur place, mais sa culture a progressivement décliné pour quasiment disparaître en France entre le XIXe et le début du XXe siècle. » Plusieurs projets de relance ont émergé au cours des dernières années, notamment dans le Gâtinais, le Quercy et la Provence.

Déshydratus crocus sativus
Laurence a quitté en 2010 son boulot dans l’informatique pour se consacrer au safran, qu’elle cultive aujourd’hui en bio sur la colline du Cativel. Les bulbes sont plantés en été. À l’automne, avant que le froid ne s’installe, les délicates fleurs mauves sont récoltées à la main dans la fraîcheur du matin.

Sous les pétales, trois stigmates rouges sont prélevés un par un avec précaution.

Comme la vanille et d’autres aromates, la plante fraîche n’a pas l’odeur de l’épice : c’est la transformation – fermentation pour la vanille, séchage pour le safran – qui fait le goût. La déshydratation des pistils, au cours de laquelle ceux-ci perdent 80 % de leur poids, se fait ici dans un four électrique thermorégulé bricolé par le mari de Laurence, selon des modalités top secrètes puisque c’est la qualité du séchage qui fait celle du safran. « Il faut malgré tout attendre encore environ un mois après le séchage pour que le goût soit optimal, précise Laurence. Les arômes évoluent d’ailleurs pendant toute la première année, passant de notes florales et miellées à des parfums épicés. »

Infusion du Saint-Safran
Le prix élevé de l’ « or rouge » s’explique aisément par le travail manuel long, minutieux et non mécanisable qu’exige sa production. Un gramme de safran de Laurence Olivier coûte 35 euros (4 euros pour 0,1 g), soit le prix moyen d’un safran français d’excellente qualité.

Il faut faire attention, parce que le safran figure parmi les dix produits les plus frelatés dans le monde, prévient Laurence.

Quand il n’est pas cher, c’est qu’il n’est pas bon. On trouve dans le commerce beaucoup de produits pas assez déshydratés, donc plus lourds mais fades et se conservant mal, ainsi que de faux safrans à base de carthame, de barbe de maïs colorée, voire de brique pilée ! » Pour optimiser ses arômes, Laurence conseille de piler le safran dans un mortier puis de le faire infuser dans un peu de liquide chaud, sous un couvercle, puis d’incorporer cette macération si possible en fin de cuisson pour parfumer risotto milanais, paella, tajine, crème anglaise, panna cotta ou confiture. À quelques kilomètres de Marseille, on pense surtout à une spécialité safranée aussi sensible que l’aïoli  : quelques poissons de roche de la Côte bleue, du safran de Gardanne, des patates de Pertuis, une « rouille » à l’ail de Trets, et zou, direction le paradis des écolos avec une bouillabaisse 100 % locale.


1/ « Recherches sur le ravitaillement et l’alimentation en Provence aux XIVe et XVe siècles », thèse soutenue par Louis Stouff à la faculté des lettres d’Aix-en-Provence en 1968, publiée en 1970.

* Le pénéqué désigne en Provence une petite sieste.

Le safran du Cativel

Vente de safran (pistils) et de produits dérivés (sirops et confitures, sel de Camargue safrané). L’achat se fait à la ferme (en appelant Laurence avant d’y passer), à l’office de tourisme de Gardanne et dans plusieurs marchés paysans.

Coordonnées :

Chemin du Safran, 13120 Gardanne
http://www.safranducativel.fr
https://fr-fr.facebook.com/Le-Safran-du-Cativel-510117885764469/

Tél. 06 61 75 08 00

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