Châteauneuf-du-Pape, ça bouge !

Châteauneuf-du-Pape, ça bouge !

Ses domaines mythiques, sa bouteille célèbre sur toute la planète vins, son avant-gardisme… Sans s’empêcher de jeter un œil dans le rétroviseur, cette appellation regarde surtout droit devant.

Châteauneuf-du-Pape, ça bouge !

Déboucher une bouteille de Châteauneuf-du-Pape ? Plus qu’un vin, c’est un patrimoine que l’on goûte, une histoire, un terroir, un état d’esprit. Certaines appellations voient leur prestige seulement survivre au nom d’un glorieux passé, ou même s’évanouir dans les lauriers fanés sur lequel elles se sont trop longtemps reposées. Entre Avignon et Orange, la plus célèbre AOP de la Vallée du Rhône méridionale a toujours su rester « dans le coup ». Il faut croire que son esprit pionnier traverse les millésimes et les époques, depuis la consécration de ce terroir par les Papes lors de leur installation à Avignon au XIVe siècle…

Dès la fin du XVIIIe siècle, le château La Nerthe troque le tonneau pour la bouteille pour expédier ses vins jusqu’en Amérique. Visionnaire. En 1894, les vignerons de Châteauneuf-du-Pape sont les premiers en France à s’imposer des conditions de production, encore précisées et renforcées en 1923 lors de l’assemblée générale constitutive du « Syndicat des propriétaires viticulteurs de Châteauneuf-du-Pape ». Alors, quoi de plus logique que le 15 mai 1936, Châteauneuf-du-Pape devienne la première Appellation d’Origine Contrôlée viticole de l’Hexagone.

On a été précurseur mais on reste dans le fil de l’histoire

Les fondamentaux de ce vignoble, dont l’AOC distingue des vins rouges mais aussi des blancs ? Ses fameux treize cépages, son ambiance méditerranéenne, ses terroirs entre calcaires, sables, grès et marnes, galets roulés et argile rouge, ou encore sa célèbre bouteille armoriée inventée en 1937. « Châteauneuf » pourrait se contenter de s’appuyer sur cette assise historique, géographique et géologique, sur la réputation mondiale de ses domaines iconiques. Mais « il y a une remise en cause permanente, une ouverture d’esprit, une capacité à oser », constate Serge Gradassi, président du syndicat de l’appellation. Rémi Jean, directeur du château la Nerthe, fondé en 1560, partage ce sentiment : « on a été précurseur mais on reste dans le fil de l’histoire.

Châteauneuf-du-Pape
Aux pieds des vignes, les galets roulés, véritable marque de fabrique de l’appellation – © Photographie Guenhaël Kessler pour Châteauneuf-du-Pape

Ce dynamisme est notamment lié à l’émulation entre les domaines qui, tout en étant fidèles à une identité commune, cherchent tous à progresser chacun dans leur style en fonction de leurs cépages, de leurs terroirs ou de leur façon de vinifier ». Adaptation au réchauffement climatique, recherche d’encore plus de fraîcheur, de finesse et de distinction dans les vins, mise en valeur de plus en plus fine du terroir avec la naissance de micro-cuvées dans de nombreuses propriétés, actions en faveur de la biodiversité et du respect de l’environnement, démarches agrobiologiques, le présent et le futur de l’appellation s’esquissent au quotidien. Thierry Sabon, vigneron au Clos du Mont Olivet, évoque par exemple la future création d’un conservatoire des cépages, en vue de préserver un patrimoine ampélographique incomparable, ou la pratique de l’éco-pâturage : « une cartographie a même été dressée pour indiquer à l’éleveur les parcelles dans lesquelles il peut faire paître son troupeau. L’idée est à la fois la gestion du couvert végétal par les brebis et la rétrocession par celles-ci de matières organiques utiles pour les vignes ».

Le bio et la biodynamie peuvent aider à la quête de fraîcheur et de finesse

L’essor du bio est aussi une parfaite illustration de la vitalité de l’appellation : sur un peu plus de 300 déclarations de récolte en 2019, 31 % furent le fait de domaines en bio ou en conversion. Un chiffre plus de deux fois supérieur à la moyenne nationale et, surtout, la manifestation de convictions très ancrées, loin d’un bio opportunisme : en effet, Châteauneuf-du-Pape n’a pas besoin de cet argument-là pour vendre ses vins dans le Monde entier. Si l’on observe que les vignobles les plus favorisés commercialement ont souvent été à la traîne pour prendre ce virage du bio, ce n’est pas le cas ici !  Jacqueline André, du domaine Pierre André, travaille en bio depuis 1980 et a commencé la biodynamie en 1992. Avec toute sa prudence et son humilité, elle avance que « le bio et la biodynamie peuvent aider à la quête de fraîcheur et de finesse », que « plus on va vers le respect de la plante et du sol, plus on va récolter des raisins équilibrés, propres à faire de bons vins ». Elle voit « une belle évolution en ce sens sur Châteauneuf, avec des jeunes qui se posent des questions, qui ont une vraie sensibilité ». Réunis en association, les Jeunes Vignerons de Châteauneuf-du-Pape ont le sens du collectif et sont d’ailleurs à l’initiative des Printemps de Châteauneuf-du-Pape, dégustation organisée chaque année en présence d’une centaine de domaines. Loin de rester « plombée » par la chaleur du Midi ou figée dans une vision passéiste, l’appellation bouge ! Entre la beauté des paysages et la qualité de sa production, elle invite à une échappée très belle. En attendant, Vinadéa, la maison des vins, présente sur www.vinadea.com plus de 250 références à la vente en ligne… Déjà de quoi voyager !

Châteauneuf-du-Pape, ça bouge !

Toutes les informations sur Chateauneuf-du-Pape, sur le site officiel du syndicat :

https://www.chateauneuf.com

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