Topor et la cuisine…

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Évidement, Roland Topor, en abordant le continent de la cuisine, ne pouvait faire autrement que d’y allumer un incendie qui laissera les uns en colère, les autres les abdominaux en miettes, subjugués par l’imagination trash et poétique du grand créateur. Son titre, La cuisine cannibale, paru en 1970, est une sorte de florilège reprenant à sa manière recettes classiques (Raie au beurre noir ), recettes originales (Tête de patron dans la purée) et conseils anti-gaspillage en mode en ce moment (Restes d’automobiliste en fricassée), entre autres délices.

© Photographie Patrice Bouvier – 1994

Recette de la langue de fumeur !
Mais, comme toujours, il ne faut pas s’arrêter aux titres, soit flatteurs soit dépréciateurs, et rentrer dans les textes. En effet, Cuisine cannibale n’est pas qu’une pochade. C’est certes une œuvre (très) fortement teintée de surréalisme mais où l’en sent, en filigrane… du vécu ! Prenez par exemple la recette de la langue de fumeur (!) page 101 « …. Saupoudrez de poivre, curry et paprika et couvrez le tout avec du sel gris. Gardez au frais, en vase, pendant quinze jours ». Pas de doute, on se croirait – presque – dans le Larousse culinaire. Pas de doute non plus : ce touche à tout gourmand cuisinait à ses heures pour être aussi précis.

Cuisine et produits, sujets et non plus objets.
La cuisine ou les produits, toujours détournés était aussi présents dans d’autres œuvres et autres médias surtout. Dans l’un des presque 250 épisodes de la série Ô combien excellente « Teléchat », on peut voir Lola l’autruche ou Groucha le chat jouer… au golf et faire de très joli putts dans les trous d’un bloc d’Emmenthal ! On se rappellera aussi de sa mise en Scène d’Ubu Roi avec cette table géante dont le plateau est une saucisse géante et sur laquelle reposent tête de porc, poulet, gigot, oignons et autres victuailles des plus nourrissantes. La boulimie artistique de Roland Topor n’a donc pas épargné la cuisine ni les produits, les transformant en sujets et non en objets, bel hommage dont tous les gourmands-hédonistes pourront profiter jusqu’au 16 juillet à la BNF.

 

Du 28 mars 2017 au 16 juillet 2017 François-Mitterrand / Galerie 1
Toutes les infos sur l’évènement ici

Lui cuisine – Éditions de L’Épure

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